“Je peux rester des heures à regarder couler le fleuve. Les ordures qu'il charrie me fascinent. Je regarde flotter les fleurs mortes, leurs pétales écartelés, vidés de sève, fleurs sans pistil. Les vieilles poupées de caoutchouc qui ballottent comme des foetus. Les caisses de légumes avariés, les bouteilles décapitées, les chats crevés. Les bouchons. Le pain qui se défait comme des entrailles. Je suis hantée par tous les détritus. Et quand je vois les gens, j'ai l'impression de voir au même instant tous les débris d'eux-mêmes. Je ne peux pas les regarder passer sans songer qu'ils se précipitent à grand pas vers la fin, le tas d'ordures, le fleuve où il sera jeté. Plus ils se hâtent et plus ils se rapprochent de ce monceau de détritus. C'est ainsi que je les vois tous, pris sans merci dans un courant qui les entraîne.”
“Un hiver d'artifice” (Anaïs Nin).
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